Nous partageons ici le témoignage de Eñaut Jolimon de Haraneder, PDG de la société Alki à Larressore, questionné sur la gouvernance au quotidien au sein d’une SCOP.
Patrick Badets : Peut-on évoquer le mode de gouvernance chez Alki ? Comment prenez-vous les décisions et comment sont-elles partagées au quotidien ?
Eñaut Jolimon de Haraneder : Alki est une entreprise avec un mode de gouvernance structuré sous forme de coopérative. Nous sommes 48 associés salariés, chacun portant une double casquette : celle de salarié, avec un contrat et une fiche de poste, et celle d’associé, qui donne accès à la connaissance globale de l’entreprise. Les grandes orientations stratégiques, comme le lancement d’un nouvel atelier, sont votées en assemblée générale selon le principe « une personne, une voix ». Pour les décisions opérationnelles, nous nous appuyons sur le conseil d’administration, composé de huit administrateurs élus, représentatifs de l'effectif et des expertises métiers selon les décisions concernées. L’objectif est d’associer les équipes à l’organisation du travail, mais cela relève davantage du participatif que du spécifique à la coopérative.
Patrick Badets : En quoi le format coopératif peut-il freiner ou accélérer une démarche participative ?
Eñaut Jolimon de Haraneder : Cela peut être les deux. En coopérative, chaque salarié associé est davantage impliqué, car il voit les contraintes et les impacts des décisions stratégiques. Il n’est pas cantonné à son poste, mais a une vision globale de l’entreprise. Il porte le projet collectif. Cette implication se poursuit au-delà du conseil d’administration, par exemple lors des réunions de service. Cependant, comme tous les salariés sont associés, chacun veut comprendre et participer, ce qui peut ralentir les processus et exiger plus de pédagogie de la part de la direction.
Patrick Badets : Est-ce plus facile d’embarquer les salariés sur les projets dans une entreprise coopérative ?
Eñaut Jolimon de Haraneder : Oui, mais cela demande plus d’explications et de temps. La double casquette peut créer une forme de « schizophrénie » pour tous, où chacun est amené à s’adresser tantôt au salarié, tantôt à l’associé. Chacun doit faire son métier, mais aussi contribuer en tant qu’associé.
Patrick Badets : Comment se prennent les arbitrages opérationnels en atelier ?
Eñaut Jolimon de Haraneder : Concernant les arbitrages opérationnels, nous nous appuyons sur l'expertise et rôle de chacun, ce sont des décisions "métiers". Avec une certaine concertation des équipes, le rôle hiérarchique existe pour la prise de décision. Lors de changements de planning ou de besoins spécifiques en production pour satisfaire une demande client, le responsable aura évidemment la décision finale. Nous ne votons pas sur chaque détail opérationnel : chacun a ses responsabilités.
Patrick Badets : Que faire si quelqu’un conteste de manière récurrente chaque décision métier ?
Eñaut Jolimon de Haraneder : Nous avons des procédures disciplinaires, mais le collectif régule naturellement. Un comportement constamment réfractaire isole la personne, car le collectif veut avancer.
Patrick Badets : Comment voyez-vous la gouvernance d’Alki dans quelques années ?
Eñaut Jolimon de Haraneder : Nous rencontrons une demande croissante de sens au travail. En coopérative, on fait corps avec le projet. Les équipes sont proactives, et sont impliquées dans l'avenir de leur métier mais aussi dans l'avenir de l'entreprise. Cela amplifie les enjeux de rôle et responsabilités de chacun ainsi que le sentiment d'appartenance. Apporter davantage de participation pourrait être une évolution de la gouvernance, avec les avantages et inconvénients que cela pourrait apporter.
Patrick Badets : Comment s’articulent l’assemblée générale et le conseil d’administration ?
Eñaut Jolimon de Haraneder : L’assemblée générale, annuelle, valide les comptes et les grandes orientations sur le principe d'une personne / une voix, élément central de la coopérative. Le conseil d’administration, qui se réunit cinq à six fois par an, suit l’opérationnel et échange aussi sur les différents aspects généraux organisationnels, humains. Tout associé peut se porter candidat, et les administrateurs sont élus pour six ans. Le PDG est élu parmi eux pour une durée de 6 ans également.
Patrick Badets: Un conseil pour une entreprise qui veut passer en coopérative ?
Eñaut Jolimon de Haraneder : Il faut converger autour du sens. À la création d’Alki, l’enjeu était de créer des emplois localement et de dynamiser le territoire. Aujourd’hui, portés par la même ambition, nous restons ancrés dans cette volonté d’être acteurs de notre bassin, ouverts sur le monde et attentifs à l’environnement. Commencez par définir la mission de l’entreprise, pas seulement la manière de travailler.
En résumé :
Alki, coopérative basque de mobilier en bois, allie participation et efficacité. Chaque salarié est associé, impliqué dans les grandes orientations, mais les décisions opérationnelles restent du ressort des responsables métiers. Le modèle exige transparence et pédagogie, mais crée une adhésion forte au projet commun.
Eñaut Jolimon de Haraneder Sté ALKI
Eñaut Jolimon de Haraneder
PDG de la société Alki
https://alki.fr
