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Témoignage Alexandre Courtes des Givrés

temoignage  |  
Auteur(s) :  |   IDESO
Date : jeudi 19 février 2026
Durée de lecture < 3 minutes

Quand le froid devient un laboratoire d’antifragilité

Par Alexandre Courtés, explorateur en béquilles, Ice coach et préparateur mental certifié en neurosciences motivationnelles.

En lisant l’article de Ramuntxo sur la croissance, la décroissance et l’antifragilité, j’ai eu l’impression qu’il parlait autant d’entreprises… que d’êtres humains.

Parce que j’ai vécu dans ma chair ce que signifie “profiter des chocs”.

Le jour où tout s’est arrêté
En 2024, un accident m’a cloué au sol.

Fracture ouverte, opérations, mois d’immobilisation.
Pour un coach spécialisé dans la résilience et la préparation mentale, c’était un paradoxe douloureux : j’aidais les autres à se relever, mais je ne savais plus si je pourrais, moi, remarcher normalement.

Ce moment de “décroissance personnelle” m’a forcé à faire ce que toute TPE-PME confrontée à une crise devrait faire : 
repenser mes fondations.

  • Qu’est-ce qui est essentiel ?
  • Quelle est la mission derrière la performance ?
  • Et surtout : que reste-t-il quand tout s’effondre ?

Le choix du froid
Plutôt que de résister à cette descente, j’ai décidé de l’habiter pleinement.
J’ai fait ce que tout plan d’affaires rationnel aurait jugé insensé :

préparer une expédition au cercle polaire arctique… en béquilles.

Pas pour prouver quelque chose.
Mais pour comprendre jusqu’où un corps et un mental peuvent aller lorsqu’ils cessent de résister contre l’inconfort.

Le froid est devenu mon terrain d’expérimentation : il casse les certitudes, met le système nerveux à nu, oblige à réguler ses émotions avant d’agir.
C’est le contraire du contrôle — et c’est précisément ce qui le rend fécond.

Le parallèle avec l’entreprise
Dans le froid extrême comme dans une période de crise économique, la question est la même :

Comment rester lucide quand tout vacille ?
Une expédition, c’est une micro-entreprise. Il y a une équipe, des ressources limitées, des aléas constants.

Et dans ces conditions, trois lois de survie émergent :

  1. Ralentir pour aller plus loin. Comme une PME en décroissance, j’ai dû réduire, simplifier, prioriser.
  2. Apprendre du chaos. Chaque erreur sur le terrain — un matériel gelé, une mauvaise anticipation — devenait un retour d’expérience, pas une faute.
  3. S’appuyer sur le collectif. On ne traverse pas une tempête seul. L’humain, c’est la vraie marge de manœuvre.

De la glace à l’antifragilité
Le froid m’a appris que la robustesse est une illusion.
Un métal trop dur se brise.
Un entrepreneur trop rigide s’épuise.
L’antifragilité, au contraire, demande une posture organique : accepter les secousses, les intégrer, et en faire une matière d’évolution.

C’est ce qui différencie l’entreprise qui “tient bon” de celle qui grandit à travers la crise.


Ce que j’ai retenu

  • L’inconfort est une donnée stratégique. Sans friction, pas d’innovation.
  • La peur est un signal, pas un obstacle. Elle indique la zone d’apprentissage.
  • Le corps est un baromètre. Quand il résiste, c’est souvent qu’il est temps d’ajuster la direction.
  • L’énergie se régénère dans le sens. Quand la mission est claire, les contraintes deviennent supportables.

Et si l’entreprise apprenait à respirer dans le froid ?

Aujourd’hui, j’accompagne dirigeants et équipes à “entrer dans le froid” — au sens propre et figuré.

Bains glacés, respiration, gestion du stress : autant d’expériences concrètes pour redécouvrir cette capacité d’adaptation que la croissance à tout prix a souvent étouffée.

Parce que l’antifragilité n’est pas qu’un concept :
c’est une compétence humaine, physiologique, émotionnelle.
Celle qui permet, qu’on soit chef d’entreprise ou explorateur, de ne plus craindre les secousses, mais d’en faire le moteur d’une nouvelle croissance.
Plus consciente, plus vivante, plus libre.

Comme le disait Ramuntxo : la croissance et la décroissance ne sont que des cycles.
L’antifragilité, elle, est un art de vivre.

Alex des Givrés
Ice coaching & Ice thérapie