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La société change … et vous ? #217

dossier  |  
Auteur(s) : Philippe Desriac  |  
Date : mercredi 22 février 2023
Durée de lecture < 4 minutes

Et si le « stakeholder capitalism » changeait la donne ?

 

Le contexte

C’est parti.

Sans surprise, les entreprises vont devoir intégrer les attentes des parties prenantes dans leur reporting.

Reste encore à déterminer quelle sera la norme à appliquer car, comme toujours, il y a plusieurs méthodes en concurrence : un nouveau match France vs Etats-Unis.

Les modalités de ces méthodes sont plus ou moins ambitieuses mais toutes mettent en avant le concept d’un «capitalisme de parties prenantes» ou « capitalisme participatif » (stakeholder capitalism).

Et puis, il va falloir gérer les modalités de dialogue et de consultation

Comment faire ?

Explications.

A retenir

    • Le capitalisme des parties prenantes n’est pas un concept nouveau. Dans les années 1950 et 1960, il était tout à fait naturel pour une entreprise et son PDG de considérer non seulement les actionnaires, mais aussi tous ceux qui ont un « intérêt » dans le succès d'une entreprise. C'est là le cœur du capitalisme des parties prenantes : il s'agit d'un modèle dans lequel les entreprises ne se contentent pas d'optimiser les bénéfices à court terme pour les actionnaires, mais cherchent à créer de la valeur à long terme, en tenant compte des besoins de toutes leurs parties prenantes, et de la société en général. Par exemple, dans le sud du Nigeria, la communauté Igbo met en pratique ce principe depuis des siècles et les entreprises doivent défendre non seulement les intérêts des actionnaires mais aussi ceux de la collectivité, de la main d’œuvre, des consommateurs et de l’environnement.
    • D’après des chercheurs, il apparaitrait que les entreprises intégrant les attentes des parties prenantes résistent mieux aux crises et gagnent en dynamisme.
    • Le label B-corp (pour Benefit Corporation) a été lancé en 2006 aux Etats-Unis. Il certifie des entreprises avec un impact sociétal et environnemental positif et qui s’engagent à poursuivre ces actions sur le long terme. A l’heure actuelle, plus de 2600 entreprises sont certifiées dans plus de 60 pays et 150 secteurs différents. Pour être labellisé, il faut répondre à 200 questions sur cinq domaines : la gouvernance, les collaborateurs, les communautés, l’environnement et les clients. Si on dépasse les 80 points, on peut demander à être certifié.
    • En France, il existe le statut d’entreprise à mission qui a été introduit par la loi PACTE. Concrètement, cela permet aux entreprises qui le souhaitent de se doter d’une raison d’être intégrant la prise en compte des impacts sociétaux et environnementaux de leurs activités : les statuts de l’entreprise doivent donc préciser un ou plusieurs objectifs sociétaux et environnementaux que la société se donne pour mission de poursuivre dans le cadre de son activité. En juin 2022, il existe 726 sociétés à mission, dont 26.9% de PME de moins de 50 salariés, 10.3% de PME de plus de 50 salariés, 53% de micro-entreprises, 8% d’ETI et seulement 1.8% de grandes Il y en a 51 en Nouvelle-Aquitaine et 64 en Occitanie (Source : Observatoire des sociétés à mission). Si vous voulez en savoir plus sur les entreprises à mission, venez donc écouter Bruno Godineau le 24 mars à Hélioparc (de 15h00 à 17h00) car il en parle beaucoup mieux que moi.

 

Alors, comment s’y prendre pour collaborer avec les parties prenantes ?

  1. Une opportunité pour renforcer le dialogue : le comité de parties prenantes. Ce comité est un outil concret pour initier (ou renforcer) le dialogue avec ses parties prenantes. Il a également une mission d’éclairage stratégique pour l’entreprise ainsi que d’identification des attentes des parties prenantes. Cela permet d’identifier les risques et opportunités pour l’entreprise. Le comité est donc une opportunité pour l’entreprise de s’ouvrir, de percevoir des visions variées, autres que celles de la direction et des actionnaires, pour éclairer la prise de décision.
  1. Un autre levier de dialogue avec ses parties prenantes : l’analyse de matérialité. L’analyse de matérialité est un outil puissant pour soutenir la démarche de dialogue structurée et opérationnelle avec les parties prenantes. Elle permet de définir et mettre à jour sa stratégie RSE.
  1. Etre dès à présent une entreprise « Full-RSE ». Ce concept traduit la vision d’une évolution d’une entreprise qui aura intégré les enjeux environnementaux et sociétaux dans sa stratégie. C’est une entreprise plus ancrée sur les territoires qui interagit avec une multitude d’acteurs et de collectifs. C’est également une entreprise dont les fonctions collaborent davantage entre elles et dont la gouvernance est moins pyramidale.
  1. La gouvernance partagée vise à « ouvrir la gouvernance des entreprises à leurs parties prenantes» pour une meilleure performance de l’entreprise car indiscutablement, la gouvernance de l’entreprise de demain sera partagée. En septembre 2021, le Comité 21 a publié un rapport comportant 18 recommandations dans ce sens.
  1. Une innovation managériale : le comité de direction junior (shadow codir). Ce comité exécutif est composé de collaborateurs plus jeunes (moins de 30 ou 35 ans selon les entreprises) et ayant moins d'expérience. Le shadow codir se réunit en parallèle du codir, avec le même ordre du jour. Il n’a pas de pouvoir décisionnel mais le codir le consulte pour bénéficier du point de vue des plus jeunes sur les sujets majeurs de l’entreprise. Depuis 2015, cette initiative est mise en place par des grands groupes comme AccorHotels, Pernod Ricard, Macif ou encore Eiffage.

 

Pour aller plus loin :

  • « Livret n°1 – L’analyse de matérialité au service du dialogue parties prenantes » & « Livret n°2 – Un comité de parties prenantes repensé pour un dialogue renouvelé » de L’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE) (Juin & Septembre 2021).
  • «  L’entreprise full RSE, de la prospective à la pratique, la vision des professionnels », une étude de l’Institut de l’Entreprise, la FNEGE et PwC (Juin 2022).
  • « 18 propositions pour ouvrir la gouvernance des entreprises à leurs parties prenantes », Comité 21 et E&H (Septembre 2021).
  • “Why we need to get improved corporate sustainability data by 2024”, Lettre ouverte de différentes ONG, (Janvier 2022).
  • “Getting serious about stakeholders capitalism” de Hubert Joly, Julie Battilana, Tiziana CasciaroMary Johnstone-Louis, Charmian Love, Ranjay Gulati, Thomas Dudley, Ethan Rouen, Auden Schendle (2021).

Philippe Desriac
philippe.desriac@ideso.fr
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